analyse morphologique - selon les principes de Bentley

Cette partie de l'analyse est menée selon les principes de Bentley (Bentley et al. 1985). Une telle analyse vise à mesurer de manière qualitative la capacité d'un espace public à répondre aux besoins des utilisateurs, selon 7 principes : La perméabilité, la variété, la lisibilité, la robustesse, une formalisation visuellement appropriée, la richesse, et la possibilité de personnalisation.

En bref​,

Le projet est très performant sur l'ensemble de ses critères à l'échelle du site. Sa formalisation prend en charge la plupart de ses objectifs de production et d'inclusion sociale/espace public (Robuste, visuellement approprié, personnalisable, riche, lisible). Cependant, sa contribution à la performance de la forme urbaine du quartier est limitée. Un travail sur sa relation aux éléments structurants du quartier est à envisager (notamment un travail sur la qualité du réseau viaire pour le déplacement piéton, la relation aux espaces résidentiels, la relation au pôle de transport collectif).

Croisement des critère d'évaluation

Un bon espace public est intrinsèquement inclusif : il vise à inclure un maximum de personnes et d’usages. Est-il pour autant compatible avec les usages de production alimentaire ?

Nous proposons ici de lier les critères d’évaluation d’un bon jardin collectif (Napawan, 2015), et les critères de Bentley et al (1985). Ceci permet d’avoir une analyse plus spécifique à un projet de ferme urbaine.

Un bon jardin collectif recoupe beaucoup de critère d’un bon espace public :

  • Il tient compte des besoins des utilisateurs et du contexte existant (Personnalisation/ Visuellement approprié). Un processus de design  participatif est nécéssaire comme moyen de les prendre en compte, ou d’inclure les associations de quartiers dans la conception d’un tel projet. (Napawan, 2005 ; M. Dubbeling, L. Bracalenti, and L. Lagorio, 2009)

  • Il est situé à proximité des usagers (Perméabilité). On évite de placer le jardin à proximité d’une trop forte barrière urbaine, comme une autoroute, une falaise, etc., pour favoriser l’accès aux piétons. La connexion aux transports en commun est également un bon moyen d’attirer des usagers.

  • Il répond aux besoins d’eau, de sol, et d’ensoleillement (Personnalisation / Visuellement adapté). La première chose consiste à s’assurer que les besoins de base en agriculture sont assouvis, sinon de faire en sorte de les fournir.

 

  • Etre visible depuis la rue et dans le jardin (Lisibilité / Perméabilité). Tout comme un bon espace public, le fait de rendre une ferme urbaine visible permet notamment de diminuer le vandalisme et favoriser l’auto-surveillance, en plus d’améliorer l’accès.

  •  Etre accessible à tous (Lisibilité / Perméabilité). Le travail des entrées, autant que l’intérieur et les abords du site sont importants pour ne pas créer de rupture pour les personnes vulnérables.

 

  • Etre inclusif pour une diversité de population jardinant ou non, diversité d’usages (Variété / Richesse). Le but est d’offrir des usages liés au jardinage ou non, pour les personnes de tous âges, sexe, origine, etc. Cela suppose une bonne diversité d’activités.

  • Etre ajustable et améliorable dans le temps, multi-usage (Variété / Robustesse).

  • Un site compacte et non linéaire (Lisibilité) permet de favorise le sentiment d’ « enclosure », favorable au regroupement, à l’arrêt et à la sociabilisation.

  • Le site inclue des éléments appropriés à la culture des aliments – compost, stockage etc. (Personnalisation / Visuellement adapté).

 

Cependant, l’enjeu principal dans la composition spatiale d’un tel duo est le traitement de la limite du secteur de projet (Napawan, 2015). Une ferme urbaine exige de fermer l’espace pour protéger les cultures du vandalisme et du vol, alors qu’un espace public se veut ouvert et inclusif et donc perméable aux plus grands nombres et en tout temps. Plusieurs solutions sont alors possibles. Une première posture peut consister à favoriser la perméabilité et d’accepter la possibilité de « vol », ou ce qui s’apparentera alors plutôt à de l’auto-cueillette. Cette approche mise sur l’autosurveillance par la communauté. On peut autrement réguler l’accès avec une enceinte fermée, qui est ouverte lors des heures ouvrables. On parlera alors, d’espace privé à caractère public.

Perméabilité

 

Dans le réseau viaire.

Le caractère semi-public du jardin collectif en fait un espace propice aux échanges, pouvant valoriser certains liens entre les espaces privés et ceux de nature publique. N’étant pas une simple place publique, les liens qui favorisent une plus grande perméabilité se trouvent restreints. Puisque le site n’est connecté qu’à une seule voie d’accès, principalement véhiculaire, on peut imaginer qu’il y a peu de fréquentation aux alentours du site.

 

D’autre part, la présence d’un pôle institutionnel à proximité du jardin collectif peut avoir une influence sur l’intensité de l’achalandage de cet espace d’agriculture collectif. Les usagers des terrains de sport, les enfants qui fréquentent l’école, ou ceux qui vont à l’aréna, peuvent circuler et s’arrêter au jardin.  De plus, on y retrouve peu de diversité des accès, ce qui favoriserait la perméabilité du lieu avec le contexte qui l’entoure, allant au-delà du petit pôle institutionnel qui se trouve au nord.

 

Autrement, aucun autre lien informel n’apparait sur les cartes, démontrant une faible perméabilité avec les secteurs résidentiels qui se trouvent à une centaine de mètres du jardin collectif. La perméabilité du site pourrait être revue de façon à susciter l’intérêt chez les résidents des secteurs avoisinants, qui pourraient bénéficier des avantages du jardin en utilisant d'autres voies, orientées sur les transports actifs. Le développement de diverses voies d’accès pourrait favoriser l’accès à différents usagers; piétons et cyclistes  et consolider le caractère public du site, en y aménageant des entrées plus douces. Par le fait même, on viendrait bonifier l'attrait du site, malgré son caractère semi-privé.

Les tracés donnant sur le site
Voie d'entrée principale
 

Variété

 

Variété d'activités

Au niveau de la variété offerte en termes d’usages, le projet vient agir à titre d’élément de consolidation du secteur, en venant diversifier les activités à caractère plutôt institutionnelles qui entourent le jardin collectif. Il offre une diversité de choix de pratiques, qui vient diversifier les activités à caractère public dans la zone dans laquelle le projet vient s’insérer. Son emplacement à proximité des lieux de transit permet d’accéder au secteur et offre certainement une proximité qui favorise une plus grande visibilité. La rationalité du choix de développement de cet espace témoigne donc d’un désir de consolidation des activités à caractère public qui se retrouvent au centre de la ville périphérique qu’est Angered.

 

Variété de formes

 

Si on se penche sur la flexibilité offerte par le jardin collectif, on peut y retrouver différents types d’activités à même le site. Il dispose d’un café et d’une petite terrasse, d’espaces de formation et de conférence, de serres et de lieux de jardinage qui permettent d’attirer une diversité d’usagers tout au long de la journée. Actuellement, les activités proposées par le Larjeans Café et le jardin collectif offrent une diversité d’activités au sein du secteur. Cependant, la position décentralisée par rapport aux autres activités du secteur en fait un lieu qui ne propose pas une variété ponctuelle, où les allers et venues se font de façon non-programmée. Si le milieu avait une plus grande garantie de fréquentation par les déplacements non-planifiés, on pourrait envisager que la fréquentation serait plus constante et diversifiée. Ainsi, cela faciliterait la mise en place de voies d’accès perméables.

 

Variétés de fréquentation 

En ce qui concerne les différents usagers appelés à fréquenter ce lieu, la mission même du jardin encourage la fréquentation de personnes issues de la migration. En outre, cette mission répond au critère de variété de certaines portions de la population. De plus, le site dispose d’infrastructures pour les enfants, pendant que les adultes peuvent s’adonner aux activités de jardinage. Cela permet ainsi une plus grande représentativité des groupes sociaux.

Plan des activités du quartier d'Angered :
Des fonctions urbaines variées mais ségréguées à l'échelle du quartier
Variété :
Usages pour les producteurs et non-producteurs

Robustesse

 

La robustesse fait écho à la capacités d'un même espace à être utilisable pour une multitudes d'activités, d'appropriation simultanément, ou au cours du temps. Dans la littérature qui traite de l'agriculture urbaine, on parle de multifonctionnalité ou d'usages adaptables au cours du temps.

Un quartier ségrégué.

D'abord, on constate que le quartier est peu robuste dans son ensemble. En effet, il est organisé en grappes d’activités ségrégés, monofonctionnelles. Seul le pôle de transport offre également des espaces commerciaux, mais ces usages ne sont pas variables au court du temps, ils sont déterminés et offrent peu d'alternatives.

Un projet robuste dans l'ensemble

Cependant, à l'échelle du site, les multiples activités proposées (production alimentaire ou activités sociales d'espace public) peuvent s'agencer au cours du temps. Le projet est donc robuste dans son ensemble. On peut tout de même distinguer la partie centrale du site (en jaune sur le plan de compostion), très robuste, par rapport aux activités périphériques (vertes, roses, bleues) où chaque espace est spécialisé dans un type d'activité ou une activité. 

Un coeur robuste. 

Le bâtiment principal se veut très multifonctionnel : C’est l’endroit d’accueil, de vente des aliments, pour les bureaux de la coopérative, pour cuisiner, manger, prendre un café. Il offre aussi des espaces de réunion et acceuil également des ateliers de ventes occasionnels. L'espace est donc facilement adaptable au besoin. En étant un espace intérieur il est fonctionnel tout au long de l’année. 

L’espace de place multifonctionnelle (cour en gravier) vient compléter ce cœur robuste. Il fonctionne comme une extension des espaces intérieurs (café/commerce, espace de serre). Il permet des réunion en plein air, terrasse, concerts, marchés/festivals ponctuels. Également, il prend en charge des fonctions plus techniques comme le stockage de matériaux liés à l’exploitation. C'est autant un espace utilisé pour la production alimentaire que comme espace public. 

Une frange spécialisée.

Les espaces périphériques au coeur sont plus spécialisés entre activités agricoles, espaces de réunion et espaces de promenade. Chacun de ses espaces offre un usage bien déterminé.

On trouve les espaces de culture de la coopérative, les jardins communautaires ouverts au public (pour les écoles, etc), les espaces d'élevage, les serres et lieux d'entreposage des outils. Les salles de réunion (conférence, formations, pique-nique) sont réparties entre les champs de culture. Enfin, on trouve plus au sud un jardin de lecture et un jardin de pluie qui font la transition vers un réseau de promenade dans les boisements environnants.​

Lisibilité

 

En tant que place publique, le jardin collectif du Lärjeåns Kafé et Trädgårdar ne représente pas une place centrale à laquelle on s’identifie, qui aurait comme caractéristique d’être un repère pour les passants qui circulent dans le quartier.  Puisque le jardin ne se retrouve pas dans un centre urbain de forte densité, qui serait relié à un monument ou un bâtiment servant de repère, il est plus difficile de faire ressortir les éléments de lisibilité de cet espace dans son ensemble.

 

Pourtant, la forme de cet espace possède tout de même des éléments qui permettent d’en faire un lieu attrayant. Notamment, la qualité de son ouverture qui favorise une large perspective sur le lieu le rend plutôt lisible. De même, les vastes espaces qui sont occupés par des usages récréatifs qui se trouvent à proximité permettent au jardin de s’inscrire dans la continuité du contexte.  En termes d’emplacement des différentes infrastructures du jardin, ils permettent de créer une impression de fermeture, ce qui a également pour effet de contribuer au sentiment de personnalisation du lieu, mais ce qui aurait tendance à accroitre le sentiment d’insécurité pour les usagers du site. En partie en cohérence avec son ensemble, certains éléments nécessiteraient tout de même une plus grande attention afin d’augmenter son potentiel de lieu public. 

 

Robustesse et variété:
Grande variété d'activités, à différents moment de l'année
Source du fond plan : .Frigaende arkitekter
Robustesse :
Serre et solarium
Robustesse :
Espace concert, pique-nique, marché...
Lisibilité et apparence adaptée:
La nouvelle entrée visible de loin et évoquant une ferme ouverte au public.
Apparence adaptée:
Évoquer la ferme typique suédoise par la materialité

Visuellement approprié

Une identité visuelle en dialogue avec son contexte

Le quartier est caractérisé par deux grands types de paysages : Le monde suburbain à l'ouest et le monde rural à l'est. (Quartier d'Angered )

Le projet se trouve sur les confins de ces deux espaces, et met en scène cette rencontre dans son traitement visuel. D'une manière générale, le projet évoque des motifs de la ruralité suédoise, autant qu'il suggère que l'espace est lié à une vie plus publique et urbaine. ​

 

L'imaginaire du monde de la ferme.

Les lattes en bois rouges viennent évoquer la ferme traditionnelle suédoise. On peut imaginer que ce motif est ancré dans l'imaginaire collectif du monde rural pour les suédois. On les retrouve notamment sur la barrière/signalétique de l'entrée et sur la façade avant du bâtiment multifonctionnel.​​​ Un suédois d'origine devine aisément que le lieu est à vocation agricole. Mais qu'en est-il des nombreux immigrés récents qui peuplent le quartier, et que le projet vise à aider dans leur inclusion ? Ces personnes n​'ont pas nécessairement le même imaginaire de la ruralité. On notera la difficulté d'aller chercher un imaginaire collectif auprès d'une population hétérogène comme celle d'Angered. 

La cour arrière, les serres, les jardins avec des rangs de légumes. Tout ce langage architectural est très explicite sur la fonction du lieu en tant que ferme et jardin. 

Un espace à caractère public explicite.

Pour ce qui est d'évoquer un espace public, le lieu parle de ce qu'il est : un lieu privé à caractère public. La clôture signalétique est plutôt engageante pour le passant, en annonçant clairement l'usage public du lieu : Café et jardin. ​Le café se veut chaleureux et invitant. Le mobilier permet de s'asseoir dans les serres, sur la place principale, dans le jardin de lecture, ou encore dans le café. 

Richesse

 

Ferme et espace public : Ambiguïté enrichissante

En prenant l'exemple des serres, elles sont à la fois des espaces de culture des aliments, autant que des espaces permettant de se réunir, prendre son café, manger, se retrouver. Le langage visuel est évoqué d'abord comme un lieu pour la production, mais le mobilier vient proposer de s'en servir comme solarium et lieu de rencontre. On peut donc profiter d'une expérience riche pour les sens : odeurs, couleurs, chaleur. 

Ouverture/Fermeture

On trouve une richesse d'expériences dans l' équilibre et la diversité d'espaces plus ou moins ouverts ou fermés offerts par le lieu. Les lieux intérieurs qui permettent des activités à l'année, peu importe le climat contribuent à cette richesse : Le bâtiment multifonctionnel, les serres, les salles de conférences/rencontre.

On y trouve également des espaces extérieurs couverts pour s'abriter du soleil l'été ou proposer des lieux plus intimes : le jardin de lecture, le jardin des pluies et son boisement au sud, les serres lorsqu'elles s'ouvrent l'été, le kiosque à pique-nique. 

Enfin, de grands espaces ouverts viennent créer un équilibre avec les espaces fermés, les espaces de culture et la place multifonctionnelle.

Lieux de repos et assises variés.

Le lieu propose une bonne variété de lieux ou l'on peut s'asseoir et se réunir, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs. Il est cependant difficile de mesurer les opportunités d'assise sur l'ensemble du site, les espaces boisés, et le jardin de lecture étant moins documentés.

Personnalisation

Des espaces appropriables

Les espaces de jardins communautaires (au nord), sont appropriables et personnalisables par les groupes qui les utilisent (école notamment). Le mobilier est complètement adaptable aux besoins, il n'est que peu figé. Dans les serres, dans le café, sur la place multifonctionnelle, les tables et chaises très classiques peuvent être retirées en cas d'évènement particulier, ou pour laisser plus de place à des bacs de culture par exemple. On voit même qu'une estrade en bois est installée pour accueillir des concerts à l'occasion.

​Pour les salles de conférence, la coopérative propose même de choisir sa configuration pour l'évènement au moment de la réservation (Schema). 

Des espaces déterminés

Cependant, une partie de l'espace est davantage contrôlée par sa nature privée. Nous pensons notamment aux espaces de bureau, accessibles à la coopérative seulement. Dans ses jardins, la coopérative décide de ses plantations et de son organisation.  

Des lieux avec un mobilier adaptable, et appropriable selon l'activité du moment

Source du fond plan : .Frigaende arkitekter
Richesse :
Couvert / Ouvert
Richesse :
Couvert / Ouvert
Source du fond plan : .Frigaende arkitekter
Source du fond plan : .Frigaende arkitekter
Personnalisation:
Possibilité de choisir sa configuration en réservant une salle de groupe
Source : Vagenut.coop

Université Laval - Nicolas Delucinge - Cécile Lequen - Charles Marcotte - Raphaëlle Poulain-Gagné​

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